Page:Garneau - Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours, tome IV, 1852.djvu/304

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
308
HISTOIRE DU CANADA

chambres furent saisies de la question dès le commencement de la session. Les débats se prolongèrent, mais le gouvernement l’emporta à la fin, et la mesure fut approuvée dans la forme à peu près que l’Angleterre désirait. Il est inutile de dire que je conseil spécial du Bas-Canada, nommé par la couronne, l’approuva dans tout son esprit. Trois membres seulement votèrent contre, MM. Neilson, Cuthbert et Quesnel.[1] Quant aux Canadiens qu’on ne consulta pas, ils protestèrent dans le district de Québec et des Trois-Rivières avec tout le clergé catholique. 40,000 signatures couvrirent les pétitions de ces deux districts au parlement impérial, contre lesquelles le gouverneur mit Lord John Russel en garde, en lui mandant que le nombre des signatures n’était pas si considérable qu’on s’y attendait ; que l’assemblée des Anglais qui avait eu lieu à Québec en faveur de l’union exprimait les sentimens de la très grande majorité de la population fidèle à l’Angleterre ; que le clergé se méprenait sur cette mesure, et qu’il désirait au fond la continuation du conseil spécial quoiqu’il demandât le rétablissement de la constitution de 91.

L’approbation donnée par les chambres du Haut-Canada et le conseil spécial du Bas, rassura pleinement le ministère, qui poussa sa mesure avec toute la vitesse possible. Les communes l’adoptèrent presque sans débat, M. Hume votant pour et M. O’connell contre. La langue anglaise fut reconnue comme seule langue parlementaire. La mesure éprouva plus d’opposition dans la chambre des Lords, où lord Gosford, le duc de Wellington, et plusieurs autres membres votèrent contre et protestèrent, lord Ellenborough parce que le bill était fondé sur une double erreur, celle d’une défiance indue contre la population française et celle d’une confiance indue dans toute la population d’origine britannique ; parce que les changemens apportés à la représentation du Bas-Canada étaient injustes dans leur caractère, ayant pour objet

  1. Le gouverneur fit prier M. Neilson de venir le voir pour le consulter sur les affaires du pays, surtout sur l’union. Sur ce dernier point, M. Neilson lui dit que cette mesure mécontenterait un grand nombre de citoyens et en satisferait peu, puisqu’elle avait pour objet d’opprimer les Canadiens. Le gouverneur le voyant continuer sur ce ton, lui dit : « Vous êtes donc contre l’union. Oui, répondit M. Neilson. Alors nous ne pourrons pas nous accorder, répliqua l’agent proconsulaire. » Je tiens ceci de M. Neilson lui-même.