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HISTOIRE DU CANADA.

qui ne faisait qu’invoquer un principe parfaitement constitutionnel, il joignait la faute plus grave de se faire partisan politique en approuvant une partie de cette représentation, en la remerciant, en se tournant vers elle, de sa conduite, en lui disant qu’elle avait montré son affection pour le gouvernement et qu’elle lui ferait la justice de reconnaître qu’il avait su la distinguer du reste de la chambre. Les ennemis des Canadiens approuvèrent avec de hautes clameurs de joie la conduite du gouverneur. Ils lui présentèrent des adresses et lui promirent leur appui pour préserver la constitution intacte et maintenir le gouvernement dans la plénitude de ses droits. Ils l’élevèrent jusqu’aux cieux, le proclamèrent l’homme le plus habile de l’Angleterre ; et aveuglés par leur haine ils oublièrent les droits du pays, pour battre des mains aux insultes prodiguées à la liberté. Les Canadiens accoutumés aux manières de cette foule passionnée et servile, ne furent point étonnés de ce bruit, qui n’était que la répétition de ce qui avait lieu chaque fois que le gouverneur devenait le chef de leurs ennemis politiques. Ils conservèrent tout leur sang froid et toutes leurs convictions. Aux attaques grossières de journalistes à gages, le Canadien conduit par plusieurs membres de la chambre, répondit par des faits et de la froide raison politique et constitutionnelle. Le Mercury, journal semi-officiel, disait le 19 mars 1810 : « Quiconque a lu les derniers numéros du Canadien, y trouvera le même esprit arbitraire qui anime la majorité de la dernière chambre d’assemblée. Le langage dont l’on se sert au sujet de l’expulsion du juge de Bonne, n’est plus celui du droit de la chambre, mais de son pouvoir. Si le pouvoir est la chose, ce qui veut dire en d’autres termes, la volonté de la majorité, quel membre venant à déplaire, à cette majorité pourra être sûr de son siège ?…

« De la part de l’exécutif, nous prendrons la liberté d’observer que dans une dépendance comme cette colonie, lorsque l’on voit le gouvernement journellement bravé, insulté et traité avec le plus grand mépris dans le dessein de le rendre méprisable, nous ne devons attendre rien moins que sa patience ne s’épuise et que des mesures énergiques ne soient prises comme les seules efficaces.

« Le traitement que le gouvernement reçoit continuellement d’un peuple conquis, porté de l’abîme de la misère à la hauteur de