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HISTOIRE DU CANADA.

mesure du gouverneur, il faut le faire avec respect et de la manière que la constitution et la liberté britannique nous le permettent. »

L’élection ne changea point le caractère de la chambre. Dans aucun pays du monde le suffrage populaire n’est plus indépendant ni plus pur qu’en Canada, où la presque totalité des électeurs est propriétaire et indépendante du pouvoir. Les membres qui avaient montré de l’indécision ou de la faiblesse furent remplacés par des hommes plus assurés et plus fermes. Les représentans retournèrent à la législature avec les mêmes idées et les mêmes convictions plutôt raffermies qu’ébranlées et avec la résolution de ne point les abandonner.

Cependant l’Angleterre crut devoir réparer un peu le mauvais effet de la vivacité de son agent ; elle lui envoya des instructions touchant l’éligibilité des juges, et lui ordonna de sanctionner toute loi passée par les deux chambres ayant pour but de les priver d’un droit disputé depuis si longtemps.

L’ordre de la métropole et le résultat de l’élection ne durent pas être du goût de Craig ; mais il fallut les subir en silence, se promettant bien de ne pas laisser échapper la première occasion pour déployer sa mauvaise humeur, occasion qui malheureusement dans l’état des esprits ne devait pas se faire attendre longtemps.

Le parlement s’assembla à la fin de janvier 1810. Les relations diplomatiques entre l’Angleterre et les États-Unis continuaient toujours d’être fort indécises. Le gouverneur y fit allusion dans son discours, et assura qu’en cas d’hostilités l’on recevrait assez de troupes pour opposer avec les milices une résistance heureuse. Quant au sujet des débats de l’intérieur, à la question des juges enfin, il était autorisé à sanctionner toute loi ayant pour but de les exclure de l’assemblée.

Celle-ci accueillit avec une satisfaction secrète, cette dernière déclaration de l’Angleterre qui désapprouvait ainsi l’opposition pour ainsi dire personnelle du gouverneur ; mais elle voulut en même temps repousser par une forte expression de blâme, la liberté qu’il avait prise en la prorogeant de censurer sa conduite. Elle s’empressa, et ce fut son premier acte, de déclarer à une grande majorité, que toute tentative de la part du gouvernement