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HISTOIRE DU CANADA.

s’appuyait dans ce que l’on faisait sur des textes que l’on tenait à main, et qui étaient sans réplique.

L’on résolut d’aller encore plus loin. Depuis longtemps l’on sentait le grand inconvénient qui résultait de l’ignorance réciproque des sentimens de l’Angleterre et du Canada l’un pour l’autre. L’Angleterre ne connaissait les Canadiens que par les rapports calomnieux que leurs adversaires lui en faisaient journellement ; les Canadiens ne connaissaient l’Angleterre que par les aventuriers qui paraissaient au milieu d’eux pour chercher fortune, et qui s’emparant des emplois et des autres avantages du gouvernement, s’y conduisaient de manière à aliéner l’affection du peuple. Il fallait tâcher d’établir des rapports qui pussent détruire l’effet des préjugés et des calomnies chez l’un et chez l’autre. La nomination d’un agent résidant à Londres parut le moyen le plus propre pour parvenir à ce but, et l’on préparait un bill à ce sujet lorsqu’un autre incident amena une prorogation soudaine. Le conseil ayant voulu amender le bill pour exclure les juges de la chambre, celle-ci s’en offensa et déclara le siège du juge de Bonne vacant à la majorité de trois contre un.

Le gouverneur qui s’était contenu à peine jusque là devant les actes de la chambre, ne fut plus maître de lui à cette dernière audace. Il se rend au conseil et la mande devant lui : « Je suis venu, dit-il, proroger le parlement. Après mure délibération sur les circonstances qui ont eu lieu, je dois vous informer que j’ai pris la résolution de dissoudre la chambre et d’en appeler au peuple. Elle a pris sur elle sans la participation des autres branches de la législature, de décider qu’un juge ne peut siéger ni voter dans son enceinte.

« Il m’est impossible de regarder ce que vous avez fait autrement que comme une violation directe d’un statut du parlement impérial, du parlement qui vous a donné la constitution à laquelle vous devez, suivant votre propre aveu, votre prospérité actuelle. Je ne puis regarder l’acte de la chambre que comme une violation inconstitutionnelle de la franchise élective d’une grande partie des citoyens et du droit d’éligibilité d’une autre classe assez considérable de la société.

« Je me sens obligé par tous les liens du devoir de m’opposer à