Page:Garneray - Voyages (Lebègue 1851).djvu/300

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L’inconnu s’abandonna encore quelques secondes à sa gaieté, puis reprenant un air sérieux :

— Garneray, me dit-il simplement et sans paraître attacher la moindre importance à sa réponse, je suis capitaine de corsaire et me nomme Robert Surcouf.

Ce nom, auquel je ne m’attendais pas, produisit sur moi une impression profonde et me fit battre le cœur ! Quoi ! ce gros et grand garçon, si jeune, si rond, si jovial, n’était autre que le célèbre corsaire, l’honneur de la France et l’effroi des Anglais, dont j’avais déjà si souvent entendu parler par les meilleurs marins avec une admiration et un respect profonds ! J’étais presque tenté de me croire encore le jouet d’une mystification.

— Eh bien, me dit Monteaudevert lorsque nous sortîmes ensemble, êtes-vous content ? Vous voilà attaché en qualité d’aide de camp au seul homme qui puisse et sache dominer la chance et commander au hasard ! Que le diable m’emporte si une seule croisière avec lui ne vous dédommage pas amplement de vos ennuis passés… Mais voulez-vous venir à présent avec moi à la Pointe-aux-Forges, où l’on s’occupe à réespalmer la Confiance, c’est le nom du navire que commande Surcouf… cette vue vous fera plaisir, car je ne connais rien qui approche, pour la perfection des formes, de ce navire, que l’on a surnommé l’Apollon de l’Océan.

On conçoit que cette proposition me plaisait trop pour que je ne m’empressasse pas de l’accepter ; nous prîmes un bateau, et nous nous dirigeâmes vers la Pointe-aux-Forges ! Il faudrait avoir été marin pour comprendre l’émotion, ou, pour être exact, l’enthousiasme que me causa la vue de cette admirable construction. La Confiance était un navire dit à coffre, du plus fin modèle qui ait jamais paré les chantiers de Bordeaux ; on devinait au premier