Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/221

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sans tenir compte de ce que l’autre orateur a dit avant eux. On répond à un discours sur la mélasse par une philippique sur la pêche fluviale.

« Voici la façon de vivre des Européens.

« Leurs mœurs intérieurs sont encore plus étranges : on entre chez leurs femmes à toute heure du jour et de la nuit ; elles sortent et vont au bal avec le premier venu ; la jalousie paraît être inconnue à ce peuple. Les pairs de France, les généraux, les diplomates, prennent habituellement pour maîtresses des danseuses de l’Opéra, maigres comme des araignées, qui les trompent pour des perruquiers, des machinistes, des gens de lettres ou des nègres. ― Ils le savent très bien, et ne leur en font pas plus mauvais visage, au lieu de les faire coudre dans des sacs et jeter à la rivière, comme il conviendrait. ― Un goût singulier et presque général chez ce peuple, c’est l’amour des vieilles femmes. Toutes les actrices adorées et fêtées du public ont au moins soixante ans ; ce n’est guère que vers leur cinquantième année que l’on s’aperçoit qu’elles sont jolies et qu’elles ont du talent.

« Quant à l’état des arts, il est loin d’être éblouissant : tous les beaux tableaux des galeries sont d’anciens maîtres. ― Il y a cependant à Paris un poète, dont le nom finit en go, qui m’a paru faire des choses assez congrûment troussées ; mais, après tout, j’aime autant le roi Soudraka, auteur de Vasantesena.