Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/287

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

gardait étrangement avec ses yeux d’émail, et la tempête, appuyant son genou sur le vitrage de la fenêtre, faisait gémir et craquer les mailles de plomb.

Les meubles les plus lourds, les ustensiles les plus insignifiants avaient un air de compassion et d’intelligence ; ils craquaient douloureusement et rendaient des sons lugubres. Le fauteuil étendait ses grands bras désœuvrés ; le houblon du treillage passait familièrement sa petite main verte par un carreau cassé ; la bouilloire se plaignait et pleurait dans les cendres ; les rideaux du lit pendaient en plis plus flasques et plus désolés ; toute la chambre semblait comprendre qu’elle allait perdre sa jeune maîtresse.

Gretchen appela sa vieille servante qui pleurait, lui remit ses clefs et les titres de la petite rente, puis elle ouvrit la cage de ses deux tourterelles café au lait et leur rendit la liberté.

Le lendemain, elle était en route pour Paris avec Tiburce.




CHAPITRE VI


Le logis de Tiburce étonna beaucoup la jeune Anversoise, accoutumée à la rigidité et à l’exac-