Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/288

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titude flamandes ; ce mélange de luxe et d’abandon renversait toutes ses idées. — Ainsi une housse de velours incarnadin était jetée sur une méchante table boiteuse ; de magnifiques candélabres du goût le plus fleuri, qui n’eussent pas déparé le boudoir d’une maîtresse de roi, ne portaient que de misérables bobèches de verre commun que la bougie avait fait éclater en brûlant jusqu’à la racine ; un pot de la Chine d’une pâte admirable et du plus grand prix avait reçu un coup de pied dans le ventre, et des points de suture en fil de fer maintenaient ses morceaux étoilés ; — des gravures très-rares et avant la lettre étaient accrochées au mur par des épingles ; un bonnet grec coiffait une Vénus antique, et une multitude d’ustensiles incongrus, tels que pipes turques, narghilés, poignards, yatagans, souliers chinois, babouches indiennes, encombraient les chaises et les étagères.

La soigneuse Gretchen n’eut pas de repos que tout cela ne fût nettoyé, accroché, étiqueté ; comme Dieu, qui tira le monde du chaos, elle tira de ce fouillis un délicieux appartement. Tiburce, qui avait l’habitude de son désordre, et qui savait parfaitement où les choses ne devaient pas être, eut d’abord peine à s’y retrouver ; mais il finit par s’y faire. Les objets qu’il dérangeait retournaient à leur place comme par enchantement. Il comprit, pour la première fois, le confortable. Comme tous les gens d’imagination,