Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/40

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incomparable ; — tous les mandarins en raffolaient.

― Et vous l’aimiez ? dit Musidora d’un ton piqué.

― Elle m’adorait, et je la laissais faire.

― Savez-vous, monsieur Fortunio, que vous êtes prodigieusement fat ?… ou bien vous vous moquez de nous. Vous avez acheté ces babouches sur le quai Voltaire, chez quelque marchand de curiosités.

― Moi, nullement, je vous le jure ; vous m’interrogez, je vous réponds ; quant aux pantoufles, elles n’ont pas été achetées ; qui est-ce qui n’est pas allé un peu en Chine ? Voulez-vous que je vous fasse servir un doigt de vin de Xérès ? il est fort bon.

― Ce n’est pas la peine, dit Musidora avec le plus gracieux sourire, passez-moi votre verre. »

Fortunio le lui tendit sans paraître étonné d’une si formelle faveur. Musidora le porta à ses lèvres par le côté qu’avait effleuré la bouche de Fortunio.

Quand Musidora eut bu, Fortunio remplit le verre et le vida avec simplicité, comme si une jeune et charmante femme ne venait pas d’y tremper familièrement son petit bec rose de colombe.

Musidora ne se rebuta pas, et, par un mouvement d’une combinaison supérieure, fit sauter son soulier de satin et posa son pied sur