Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/442

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non, je n’oserai jamais te le dire ; c’est quelque chose de si insensé, que tu me prendrais pour un fou échappé d’Anticyre.

— Parle, enfant ; toi que j’ai tant aimé, que j’aime tant encore, bien que tu m’aies trahie pour une autre (que Vénus vengeresse l’accable de son courroux !), que pourrais-tu donc me demander qui ne te soit accordé sur-le-champ, quand ce serait ma vie ?

— Bacchide, il me faut ta chaîne d’or, dit Ctésias d’une voix à peine intelligible.

— Tu veux ma chaîne, enfant, et pourquoi faire ? Est-ce pour cela que tu veux mourir ? et que signifie ce sacrifice ? répondit Bacchide surprise.

— Écoute, Ô ma belle Bacchide et sois bonne pour moi comme tu l’as toujours été. J’aime Plangon la Milésienne, je l’aime jusqu’à la frénésie, Bacchide. Un de ses regards vaut plus à mes yeux que l’or des rois, plus que le trône des dieux, plus que la vie ; sans elle je meurs ; il me la faut, elle est nécessaire à mon existence comme le sang de mes veines, comme la moelle de mes os ; je ne puis respirer d’autre air que celui qui a passé sur ses lèvres. Pour moi tout est obscur où elle n’est pas ; je n’ai d’autre soleil que ses yeux. Quelque magicienne de Thessalie m’a sans doute ensorcelé. Hélas ! que dis-je ? le seul charme magique, c’est sa beauté, qui n’a d’égale au monde que la tienne. Je la possédais, je la voyais tous les