Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/518

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paraissaient taillés dans le marbre, tant il était pâle, car il venait de reconnaître dans Nyssia, quoiqu’elle fût couverte du voile des jeunes épousées, la femme dont la trahison du vent avait livré la figure à ses regards auprès des murs de Bactres.

« Le beau Gygès paraît bien triste, se disaient les jeunes filles. Quelque fière beauté a-t-elle dédaigné son amour, ― ou quelque délaissée lui a-t-elle fait jeter un sort par une magicienne de Thessalie ? L’anneau cabbalistique qu’il a trouvé, à ce qu’on dit, au milieu d’une forêt dans les flancs d’un cheval de bronze, aurait-il perdu sa vertu, ― et, cessant de rendre son maître invisible, l’aurait-il trahi tout à coup aux regards étonnés de quelque honnête mari qui se croyait seul dans sa chambre conjugale ?

― Peut-être a-t-il perdu ses talents et ses drachmes au jeu de Palamède, ou bien est-ce le dépit de n’avoir pas gagné le prix aux jeux Olympiques ? Il comptait beaucoup sur son cheval Hypérion. »

Aucune de ces conjectures n’était vraie. Jamais l’on ne suppose ce qui est.

Après le bataillon commandé par Gygès, venaient de jeunes garçons couronnés de myrtes, qui accompagnaient sur des lyres d’ivoire, en se servant d’un archet, des hymnes d’épithalame sur le mode lydien ; ils étaient vêtus de tuniques roses brodées d’une grecque d’argent, et leurs