Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/522

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attelé de quatre chevaux aussi beaux, aussi fougueux que ceux du Soleil, inondant de mousse blanche leur frein d’or, secouant leur crinière tressée de pourpre et contenus à grand’peine par le cocher, debout à côté du prince et renversé en arrière pour avoir plus de force.

Candaule était un jeune homme plein de vigueur, justifiant bien son origine herculéenne : sa tête se joignait à ses épaules par un cou de taureau presque sans inflexion ; ses cheveux, noirs et lustrés, se tordaient en petites boucles rebelles et couvraient par places la bandelette du diadème ; ses oreilles, petites et droites, étaient vivement colorées ; mais son front s’étendait large et plein, quoique un peu bas, comme tous les fronts antiques ; son œil plein de douceur et de mélancolie, ses joues ovales, son menton aux courbes douces et ménagées, sa bouche aux lèvres légèrement entr’ouvertes, son bras d’athlète terminé par une main de femme, indiquaient plutôt une nature de poète que de guerrier. En effet, quoiqu’il fût brave, adroit à tous les exercices du corps, domptant un cheval aussi bien qu’un Lapithe, coupant à la nage le courant des fleuves qui descendent des montagnes grossis par les fontes de neige, en état de tendre l’arc d’Odyssée et de porter le bouclier d’Achille, il ne paraissait pas avoir l’esprit préoccupé de conquêtes, et la guerre, si entraînante pour les jeunes rois, n’avait pour lui qu’un attrait mé-