Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/533

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La félicité était trop grande pour Candaule, et la force qu’il eût sans doute trouvée pour supporter l’infortune lui manqua pour le bonheur. ― Sa joie débordait de son âme, comme l’eau d’un vase sur le feu, et, dans l’exaspération de son enthousiasme pour Nyssia, il en était venu à la désirer moins timide et moins pudique, car il lui en coûtait de garder pour lui seul le secret d’une telle beauté.

« Oh ! se disait-il pendant les rêveries profondes qui occupaient tout le temps qu’il ne passait pas auprès de la reine, l’étrange sort que le mien ! ― Je suis malheureux de ce qui ferait le bonheur de tout autre époux. Nyssia ne veut pas sortir de l’ombre du gynécée, et refuse, dans sa pudeur barbare, de relever son voile devant d’autres que moi. Pourtant, avec quel enivrement d’orgueil mon amour la verrait rayonnante et sublime, debout sur le haut de l’escalier royal, dominer mon peuple à genoux, et faire évanouir, comme l’aurore qui se lève, toutes les pâles étoiles qui pendant la nuit s’étaient crues des soleils ! ― Orgueilleuses Lydiennes, qui pensez être belles, vous ne devez qu’à la réserve de Nyssia de ne pas paraître, même à vos amants, aussi laides que les esclaves de Nahasi et de Kousch aux yeux obliques, aux lèvres épatées. Si une seule fois elle traversait les rues de Sardes le visage découvert, vous auriez beau tirer vos adorateurs par le pan de leur tunique, aucun