Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/546

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puis Dédale, dont les statues parlaient et marchaient, je connais tout ce qu’a produit l’art des sculpteurs et des peintres. Linus, Orphée, Homère, m’ont appris l’harmonie et le rythme ; ― ce n’est pas avec un bandeau de l’amour sur les yeux que je regarde. Je juge de sang-froid. La fougue de la jeunesse n’est pour rien dans mon admiration, et, quand je serais aussi caduc, aussi décrépit, aussi rayé de rides que Tithon dans son maillot, mon avis serait toujours le même ; mais je te pardonne ton incrédulité et ton manque d’enthousiasme. Pour me comprendre, il faut que tu contemples Nyssia dans l’éclat radieux de sa blancheur étincelante, sans ombre importune, sans draperie jalouse, telle que la nature l’a modelée de ses mains dans un moment d’inspiration qui ne reviendra plus. Ce soir, je te cacherai dans un coin de l’appartement nuptial… tu la verras !

― Seigneur, que me demandez-vous ? répondit le jeune guerrier avec une fermeté respectueuse. Comment du fond de ma poussière, de l’abîme de mon néant, oserai-je lever les yeux vers ce soleil de perfections, au risque de rester aveugle le reste de ma vie ou de ne pouvoir plus distinguer dans les ténèbres qu’un spectre éblouissant ? ― Ayez pitié de votre humble esclave, ne le forcez point à une action si contraire aux maximes de la vertu ; chacun ne doit regarder que ce qui lui appartient. Vous le savez,