Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/64

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

portes couvertes de portières de perse à petites fleurs ; des coquillages, des madrépores et des coraux sont rangés sur la corniche et complètent cette décoration aquatique.

Les fenêtres, vitrées de carreaux bleu d’azur et vert pâle, ne laissent pénétrer dans cette retraite mystérieuse qu’un jour tamisé et voluptueusement affaibli, en sorte que l’on se pourrait croire dans le propre palais d’une ondine ou d’une naïade.

Une belle cuve de marbre blanc, supportée par des griffes dorées, occupe le fond de la salle ; en face est disposé un lit de repos.

Musidora vient d’être apportée par Jacinthe jusqu’au bord de la baignoire ; pendant que deux belles filles plongent leurs bras roses dans l’eau tiède et fumante pour que la chaleur soit bien égale à la tête et aux pieds, Musidora se promène dans la chambre, montée sur deux petits patins à la mode turque, et se plaint d’une voix mourante de la lenteur et de la maladresse de ses gens avec une aussi gracieuse impertinence qu’une duchesse du meilleur temps. Enfin elle s’approche de la baignoire, garnie d’un linge d’une finesse admirable, lève sa petite jambe ronde et polie, et trempe la pointe de son pied dans l’eau.

« Jacinthe, soutenez-moi, dit-elle en se laissant aller en arrière sur l’épaule de la suivante agenouillée, je me sens défaillir. »