Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/115

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Elle était douée, paraît-il, d’une sûreté de coup d’œil extraordinaire. Sa vue portait jusqu’aux limites de l’horizon, et, d’un seul regard, elle embrassait une scène dans ses plus minces détails.

Un jour, elle était assise sur le sable, devant sa tente, au milieu d’un groupe de jeunes filles ; elle jouait avec une colombe familière perchée sur son poing. Tout à coup, une troupe d’oiseaux passe, très haut dans le ciel, au-dessus des jeunes filles. Hind lève les yeux et soudain improvise ces vers :


Que n’ai-je ces colombes,
Plus la moitié de leur nombre ;
Avec la colombe qui roucoule ici
Cela nous ferait cent colombes.


Les oiseaux s’abattirent à peu de distance, près d’une flaque d’eau où ils venaient boire. On s’approcha d’eux, sans bruit, et on les compta, ils étaient soixante-six. Soixante-six plus trente-trois, plus un, font cent ; un seul regard avait suffi à Hind pour compter ces oiseaux et reconnaître leur espèce.