Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/18

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Comment la croire, avec ses yeux éblouis d’amour ? Son bien-aimé est sans doute fort ordinaire.

— Peut-être est-il louche et édenté…

— Avec une épaule bossue…

— Et une jambe de travers…

Et les rires s’égrenèrent, comme des gouttes d’eau dans un bassin.

L’une des rieuses se leva et, les bras étendus, cria le plus fort qu’elle put :

— Si elle veut nous convaincre, qu’elle nous montre cet homme incomparable.

— C’est cela ! c’est cela : qu’elle nous le montre ! s’écria toute l’assistance en battant des mains.

Celle qu’on interpellait ainsi garda un moment le silence, puis, frappant du pied et relevant le front :

— Eh bien, oui, dit-elle, vous le verrez !

Elle appela un esclave et lui parla bas, et l’esclave s’éloigna.

Les jeunes femmes se taisaient maintenant, rajustant leurs coiffures et les plis de leurs