Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/191

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Une femme est là, près de sa porte, adossée au mur, s’y cramponnant toute chancelante.

— Qui es-tu, femme ? dit Aly, et que veux-tu ?

Alors, elle ôta son voile et se laissa voir, pâle, pâle comme si tout son sang avait coulé, les yeux agrandis, cerclés de bleu.

— Qu’as-tu, malheureuse ? s’écria Aly qui s’élança pour la soutenir. T’a-t-on blessée ?

— Tu ne me reconnais pas ? dit-elle, je viens pour mourir. Je suis l’épouse adultère, celle dont le cœur est rongé par le remords. Tu m’as dit : reviens quand l’enfant aura vu le jour. Le moment d’expier est venu : mon enfant est né, me voici.

— Tu es revenue ! Tu réclames le châtiment ! dit Aly vivement surpris. Je croyais bien ne plus te revoir, je t’avais même oubliée. Mais qu’as-tu fait du nouveau-né ? Pourquoi es-tu là, loin de lui ? Crois-tu qu’il suffise de mettre un enfant au monde, pour lui avoir donné la vie ? Qu’est-il sans toi ? pauvre faible arbuste à la tige molle ! des mains mercenaires peuvent le briser. Tu lui