Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/286

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


toi, l’ivresse où l’amour nous jette ? Est-ce toi qui, pour l’enchantement d’un jour, risquerait ta vie et ton honneur ? Ah ! va-t’en ! Va-t’en ! délivre-nous de ta vue !

Mais Nari-Hira murmurait comme dans un rêve :

— Ô vision céleste ! reste encore ! et si tu n’es qu’un mirage du sommeil, que le réveil ne vienne jamais !

— Ah ! tu viens donc me voler cette heure de bonheur, qui n’aura pas de lendemain ? s’écria Isako hors d’elle-même ; nous ne serons donc jamais délivrés de toi ? Si tu savais, pourtant, quel soulagement ton départ a causé à la cour ! Qui donc pouvait seulement exister près de Komati ? L’impératrice elle-même sentait son pouvoir chanceler, car, par tes froideurs de déesse, tu te plaisais à troubler le cœur du Mikado ; et tous les seigneurs ne soupiraient que pour la belle insensible. Mais ne crois pas que l’on te regrette : ta dureté a lassé l’amour, et nul n’a oublié la mort du malheureux Cho-Jo. Le remords ne hante-t-il