Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/213

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SYRIE.

leçon avec des mutations de tête à la mode turque. C’était comme un bourdonnement d’abeilles autour d’une ruche. Zeynab, oisive, était couchée à demi sur les carreaux, près de madame Carlès ; mais à l’autre extrémité du divan, il y avait une jeune fille qui, à l’entrée de Gérard, se voila instinctivement le visage de son livre, ne laissant deviner de sa beauté que des cheveux blonds aux longues tresses d’or, et des mains aristocratiquement délicates aux ongles roses et polis. Ce n’est pas une chrétienne, se dit Gérard, car les chrétiennes ne se masquent pas la figure à l’approche des hommes, surtout à l’intérieur des maisons.

Madame Carlès se leva et passa avec l’esclave et Gérard dans une pièce voisine, et notre voyageur s’informa de la religion de cette jeune fille, dont la tournure élégante et noble l’avait frappé : — Elle est Druse, répondit la maîtresse de pension, et son père, scheick de la montagne, est retenu prisonnier pour s’être hasardé à Beyrouth en temps de troubles, et n’avoir pas payé le miri depuis 1840 ; sa