Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/214

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L’ORIENT.

fille va le voir tous les jours et demeure chez moi ; je lui apprends l’italien, et elle montre aux petites l’arabe littéral, car c’est une savante. Salèma et Zeynab se sont liées, et elles s’aiment beaucoup : — Ya makbouba, c’est mon amie, dit l’esclave, en jetant ses bras au cou de Salèma, qui était sortie de la classe et consentait enfin à se laisser voir. Notre touriste put alors admirer des traits où la blancheur européenne s’alliait au dessin pur de ce type aquilin qui, en Asie comme chez nous, a quelque chose de royal. Un air de fierté, tempéré par la grâce, répandait sur son visage quelque chose d’intelligent, et son sérieux naturel donnait du prix au sourire qu’elle adressa au visiteur européen lorsqu’il l’eût saluée.

Laissons parler le poëte ému d’un sentiment nouveau que déjà sa fine analyse démêle au milieu de son trouble. « Appuyé contre la rampe de la galerie, l’air pensif et le front baissé, je profitais du temps que me donnait la faconde méridionale de l’excellente institutrice pour admirer le tableau