Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/215

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SYRIE.

charmant qui était devant mes yeux. L’esclave avait pris la main de la jeune fille et en faisait la comparaison avec la sienne : avec une gaîté imprévoyante, elle continuait cette pantomime en rapprochant ses tresses foncées des cheveux blonds de la voisine qui souriait d’un tel enfantillage. Il est clair qu’elle ne croyait pas se nuire par ce parallèle, et ne cherchait qu’une occasion de jouer et de rire avec l’entraînement naïf des Orientaux ; pourtant, ce spectacle avait un charme dangereux pour moi, et je ne tardai pas à l’éprouver. »

« En lisant les pages de ce journal, tu souris, sans doute, continue Gérard, de mon enthousiasme subit pour une petite fille arabe rencontrée par hasard sur les bancs d’une classe. Tu ne crois pas aux passions subites, mais tu fais la part de la nouveauté et du cadre pittoresque ; il te semble, non pas que je suis épris, mais que je crois l’être, comme si ce n’était pas la même chose en résultat ! »

En effet, nous l’avions doucement raillé quelquefois de ses passions soudaines à l’en-