Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/258

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L’ORIENT.

sauvage en habit noir, sous prétexte de perspective, va me faire quelque membre plus court que l’autre, et, sous prétexte de lumière, me pocher la moitié de la figure. »

Le croquis achevé, le peintre chinois parut assez satisfait du trait pur et léger, et de la ressemblance du dessin ; un signe d’assentiment montra qu’il était étonné qu’un homme qui, relativement à lui, tenait son crayon à l’envers, eût pu faire quelque chose de plus correct. Seulement, comme par la position du corps on ne voyait qu’un pied, il prit la mine de plomb et ajouta de sa main le pied qui manquait, souriant avec une bienveillance paternelle de la négligence bizarre de cet Européen, qui faisait une figure boiteuse. Le croquis ainsi corrigé le satisfit pleinement.

Comme son confrère le lettré, il a pour industrie de donner aux visiteurs, moyennant une légère rétribution, des figures esquissées au trait, et qu’il enlumine de teintes plates au moyen de couleurs qu’il puise à de petits godets assez semblables à ceux des aquarellistes.