Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/272

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L’ORIENT.

boules ; leur teint est d’une blancheur olivâtre où leurs prunelles brillent comme des paillettes noires. Elles ont l’air modeste, triste et doux, et supportent avec beaucoup de convenance les regards curieux et souvent indiscrets de la foule, qui les examine plutôt comme des bêtes rares que comme des créatures humaines. Celle qui est ordinairement assise entre ses deux compagnes, au milieu de l’estrade, la plus jeune des trois, est très-jolie même dans les idées européennes. Ses yeux ne remontent que très-légèrement vers les tempes, ses traits mignons et délicats sont d’une enfant, quoique elle ait l’âge d’une jeune fille. Elle nous a rappelé Yo men li du roman des Deux Cousines, et, en la contemplant, cette poésie du Livre de Jade nous revenait en mémoire :

« J’ai cueilli une fleur de pêcher et je l’ai apportée à la jeune femme qui a les lèvres plus roses que les petites fleurs.

« J’ai pris une hirondelle noire et je l’ai donnée à la jeune femme dont les sourcils ressemblent à deux ailes d’hirondelle noire.