Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/42

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se rompt, le pont éclata avec un grand fracas ; il ploya d’abord par le milieu, puis releva brusquement ses deux tronçons en envoyant de toutes parts une pluie de débris. L’attelage et le char s’abîmèrent dans la rivière dont l’eau rejaillit en écume jusqu’au faite de la colline. Pendant quelques instants un cheval resta suspendu par ses harnais, se débattant au-dessus du gouffre mais les liens se rompirent et il tomba. La rivière tumultueuse commença à pousser vers la mer les chevaux, les troncs d’arbres flottants et les débris du pont.

— Ô Omiti ! s’écria le roi, immobile d’effroi, tu ne m’avais pas trompé ! Voici donc le sort qui m’était réservé. Sans ton dévouement, douce jeune fille, mon corps brisé serait roulé à cette heure de rocher en rocher.

— Eh bien maître, tu sais ce que tu voulais savoir. Que penses-tu de mon attelage ? s’écria tout à coup une voix près du roi.

Celui-ci se retourna, il était seul, tous ses serviteurs l’avaient abandonné mais il vit une tête surgir de la vallée, il reconnut Nagato qui gravissait rapidement l’âpre côte, et fut bientôt près du roi.

— Ah ! mon ami mon frère ! dit Fidé-Yori, qui ne put retenir ses larmes. Comment ai-je pu inspirer tant de haine ? Quel est le malheureux que ma vie oppresse et qui veut me chasser du monde ?

— Tu désires savoir qui est cet infâme, tu veux le nom du coupable ? dit Nagato les sourcils froncés.

— Le sais-tu, ami ? dis-le-moi.

— Hiéyas !