Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/339

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— Yo-Men-Li ! soupira-t-il avec tendresse, mon corps souffre mille tortures, mais mon cœur est plein de joie, car je t’aime, et je viens t’arracher à la mort.

— Qui es-tu ? dit Yo-Men-Li d’une voix saccadée et sourde.

— Oh ! s’écria le prince en mettant sa main pâle sur ses yeux, elle ne me connaît pas !

Il reprit avec douceur :

— Je suis le prince Ling, le prince Ling, que tu as fait si cruellement souffrir ! Mais n’importe, il t’aime. Écoute : mon père te fait grâce, il pardonne. Tu seras ma femme. Tu seras belle, adorée, glorieuse. Tu posséderas des palais, des villes et des peuples. Tu auras des monceaux de jade clair et l’amour du plus grand des hommes, car tu seras Impératrice.

— Ta-Kiang est mort ! Ta-Kiang est mort ! répondit Yo-Men-Li.

Ko-Li-Tsin s’était rapproché. Il s’essuyait les yeux. Il dit :

— Accepte, petite sœur. Vois le soleil, écoute les oiseaux ; tu ne dois pas mourir encore.

— Vivrais-tu, frère ? cria-t-elle en s’élançant vers le bourreau.

Le prince Ling poussa un cri, un flot de sang lui monta aux lèvres, et, mort peut-être, il se renversa sur les coussins ; car la tête de Yo-Men-Li venait de tomber. Elle était là, si blême, aux grands yeux tristes, tournés du côté où les vieillards avaient emporté la tête de Ta-Kiang.