Page:Gautier - Le capitaine Fracasse, tome 2.djvu/272

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

À l’aspect d’Isabelle, que soutenaient Hérode et Sigognac, et à qui sa pâleur exsangue donnait l’air d’une morte, le prince leva les bras au ciel en poussant un soupir. « Je suis arrivé trop tard, dit-il, quelque diligence que j’aie faite, » et il se baissa vers la jeune comédienne, dont il prit la main inerte.

À cette main blanche comme si elle eût été sculptée dans l’albâtre, brillait au doigt annulaire une bague dont une améthyste assez grosse formait le chaton. Le vieux seigneur parut étrangement troublé à la vue de cette bague. Il la tira du doigt d’Isabelle avec un tremblement convulsif, fit signe à un des laquais porteurs de torche de s’approcher, et à la lueur plus vive de la cire déchiffra le blason gravé sur la pierre, mettant l’anneau tout près de la clarté et l’éloignant ensuite pour en mieux saisir les détails avec sa vue de vieillard.

Sigognac, Hérode et Lampourde suivaient anxieusement les gestes égarés du prince, et ses changements de physionomie à la vue de ce bijou qu’il paraissait bien connaître, et qu’il tournait et retournait entre ses mains, comme ne pouvant se décider à admettre une idée pénible.

« Où est Vallombreuse, s’écria-t-il enfin d’une voix tonnante, où est ce monstre indigne de ma race ? »

Il avait reconnu, à n’en pouvoir douter, dans cette bague, l’anneau orné d’un blason de fantaisie avec lequel il scellait jadis les billets qu’il écrivait à Cornélia mère d’Isabelle. Comment cet anneau se trouvait-il au doigt de cette jeune actrice enlevée par Vallombreuse