Page:Gautier - Les Cruautés de l'Amour, E. Dentu, 1879.djvu/101

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
89
les cruautés de l’amour

— Adieu ! adieu ! chère demoiselle, soyez heureuse ! dit Catherine en essuyant ses yeux.

La voiture partit au galop. Clélia se retourna et fit encore de la main un signe d’adieu aux paysans, puis la route tourna et elle ne les vit plus.

André galopait à côté de la voiture. Livide, les dents serrées, les yeux cernés d’un cercle bleu, il regardait droit devant lui ; par instant un frisson de fièvre le secouait.

— Celui-là qui ne dit rien est le plus désolé de tous, grommelait Pavel en le regardant à la dérobée.

Clélia n’osait pas parler au jeune homme. Qu’aurait-elle pu lui dire ? Elle sentait bien que cette douleur était trop profonde pour être calmée par des paroles banales, elle en ressentait d’ailleurs le contre-coup et une inquiétude indéfinissable lui serrait le cœur.

La journée était chaude, le ciel pur, la poussière, soulevée par les roues de la calèche, s’en allait en nuages d’or sous les rayons du soleil, une alouette chantait en s’élevant très-haut dans l’air. Au bord de la route, les cigales, sans discontinuer, faisaient entendre leur bruit de crécelle.