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les cruautés de l’amour

Pas possible ! Ce paysan est un prince déguisé.

— Mon Dieu ! docteur, est-ce qu’il est plus mal ? dit Clélia en voyant Ovnikof penché vers le blessé, lorsqu’elle rentra dans la chambre.

— Il peut à peine respirer ; le sang ne coule plus de la blessure. Je crains une hémorragie interne, dit-il. Voyez donc à ce que mon cocher monte dès qu’il reviendra de la pharmacie.

Clélia descendit elle-même et s’avança sous le péristyle.

L’équipage du gouverneur attendait au bas des marches, les chevaux grattaient le sable de leur fin sabot, tandis que le valet de pied dégustait un verre de kwas.

— Est-ce là le drojky d’Ovnikof ? demanda la jeune fille.

— Non, barynia, répondit un serviteur ; tenez, le voici qui revient.

Clélia ne laissa pas au cocher le temps de descendre ; elle prit le paquet de médicaments et se retourna vers la maison.

À ce moment, la porte du salon s’ouvrit, et, au milieu d’un cliquetis de voix, le gouverneur, son épouse et son fils, suivis de Prascovia, s’avancèrent dans le vestibule. Clélia passa en courant au milieu d’eux et manqua faire perdre l’équilibre au fils du