Page:Gautier - Les Cruautés de l'Amour, E. Dentu, 1879.djvu/208

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les cruautés de l’amour

de la jupe, une veste de drap bleu clair scintillait, couverte de soutache d’or où les cheveux s’accrochaient quelquefois. Des colliers multicolores tournaient autour du cou de milady et de longues boucles massives se balançaient à ses oreilles. Mes yeux considérèrent un instant la jeune femme, éblouis et inquiétés par ce charivari de couleurs. Mais, au moment où elle frottait une allumette contre la cloison pour allumer la mèche de sa mécanique à esprit-de-vin, je revins au sentiment de la réalité et je m’écriai d’une voix persuasive et dramatique.

— Madame, suivez-moi ; venez vous convaincre de l’affreuse vérité.

Milady releva gracieusement sa robe et mit le bout de son pied sur l’allumette.

— Monsieur de Puyroche, me dit-elle, j’ai ce matin un très-grand appétit ; mais puisque vous y tenez si fort, je veux bien aller voir le point de vue.

La jeune femme passa devant moi, et tandis qu’elle montait l’escalier, les bouts parfumés de sa ceinture touchèrent doucement mes lèvres.

En mettant le pied sur le pont, milady Campbell fut bien forcée d’être étonnée.

— C’est donc véritablement un naufrage ? dit-elle en me regardant avec une légère inquiétude.

— Complètement, madame.