Page:Gautier - Les Cruautés de l'Amour, E. Dentu, 1879.djvu/226

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
214
les cruautés de l’amour

veuve, dût-elle l’exercer dans une île d’anthropophages ?

On apercevait maintenant à l’œil nu la ligne déjà plus large et moins dorée qui annonçait la terre ; et le vent, joint à la marée, nous faisait avancer très-rapidement.

— Vite, vite, dit milady, construisons un radeau.

— Un radeau ? Pourquoi ?

— Ne voyez-vous pas que le rivage n’est formé que de sable ? Si, avant de l’atteindre, le vaisseau échouait contre quelque banc de terre molle, nous gagnerions le bord à la nage ; mais il faudrait abandonner nos provisions et nos malles. Construisons donc un radeau ; il sera le commissionnaire porteur de nos bagages.

Et l’Anglaise se mit à fureter dans tous les coins, montant, descendant, traînant des planches, des pieux, des cordes.

— Eh bien, dit-elle, aidez-moi donc. — Qu’avez-vous à me regarder de cet air stupéfait ?

— Vous m’éblouissez ! dis-je.

— Allons, allons, à l’ouvrage !

Nous commençâmes à rassembler les planches et à les lier avec des cordes.

Milady était d’une adresse singulière ; elle faisait deux fois plus de travail que moi. Un radeau de