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les cruautés de l’amour

tera ma vie ? Tout cela veut dire que tu vas te marier, mon bon Maurice ! s’écria-t-il avec un désespoir comique.

Là dessus il se coucha, résolu de parler dès le lendemain à Mlle Juliette.

Lorsqu’il arriva au jardin, elle était assise sur le banc, tournant le dos à la route. Il admira ses beaux cheveux relevés négligemment et découvrant sa nuque blanche, leur envoya un baiser, ouvrit la bouche pour prononcer doucement et avec tendresse le nom de sa bien-aimée, et il fut sur le point de croire qu’il avait parlé à son insu, lorsqu’il entendit une voix proche appeler :

— Juliette !

Presque aussitôt une jeune fille, vêtue d’un peignoir de cachemire blanc, s’avança dans l’allée. Maurice la regarda avec colère, contrarié qu’elle osât se vêtir de la même façon que celle qu’il aimait.

— C’est sans doute sa sœur, car elle a les cheveux blonds aussi, et lui ressemble singulièrement. Quelle différence entre elles, cependant ! combien celle-ci est moins charmante que Juliette ! La petite moue que j’aime tant, et qui est si gracieuse dans le visage de l’une, devient une grimace dans le visage de l’autre. Juliette a les narines un peu larges ; sa sœur les a béantes et les roses de ses joues