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les cruautés de l’amour

table, elles brodaient ; devant elles se tenait debout une fillette de treize ans, qui tournait le dos à Maurice. Toutes trois étaient vêtues de la même façon.

— Encore une sœur ! s’écria mentalement Maurice.

Il s’avança, Juliette lui sourit, Julie le salua, la fillette le regarda. Maurice la regardait aussi constatait que chez elle la grimace était une lippe.

— Lili, offre une chaise à monsieur, dit Julie.

— Êtes-vous malade ? dit Juliette, vous êtes pâle,

Maurice était pâle, en effet, et triste aussi.

— Quelle affreuse nature ai-je donc, disait-il ; qu’est-ce qui me prend ? Que m’importe que ses sœurs soient laides ; je n’épouse que Juliette. Elles lui ressemblent, cela me chagrine ; il me semble voir de mauvaises épreuves de la même statue ; ne vais-je pas lui faire un crime de ce qu’un charme de son visage est une disgrâce dans le visage de ses sœurs, de ce que je lui voudrais les cheveux noirs, parce qu’elles ont les cheveux blonds comme elle, de ce que je n’aime plus sa robe parce que je la vois mal portée par d’autres ? J’ai failli me fâcher parce que sa mère n’a plus vingt ans et était peut-être à vingt ans aussi jolie que Juliette. Je suis vraiment maniaque et cruel. Cette enfant va m’ai-