Page:Gautier - Loin de Paris.djvu/34

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rité des charmes qui peuvent supporter une pareille épreuve.

Nous étions comme en extase devant cette belle fille, arrêtée à marchander quelque doreloterie, et nous y serions restés longtemps si les Biskris chargés de nos paquets ne nous eussent rappelés au sentiment de la vie réelle par quelques mots baragouinés en langue sabir, idiome extrêmement borné, et qui sert aux communications de portefaix à étranger.

Il n’y avait pas de place à l’hôtel Richelieu : nous allâmes à celui du Gouvernement, sur la place de ce nom, où nous trouvâmes une chambre — pour trois. De la terrasse de cet hôtel, on jouit du mouvement perpétuel et bigarré des promeneurs. On aperçoit les dômes blanchis à la chaux des deux mosquées, le phare, la jetée, les vaisseaux qui appareillent et les bateaux à vapeur qui chauffent, les navires à l’ancre, et, plus loin, la mer gaufrée par les courants, frisée par la brise, tachetée de blanc par les ailes des mouettes ou les voiles des barques de pêcheurs. Cette perspective nous occupa plus que notre dîner, bien que nos sacrifices aux dieux glauques de l’abîme eussent dû nous aiguiser l’appétit.

Le crépuscule, dans les pays chauds, dure beaucoup