Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/108

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


de lettres de France ; cette occupation de lettres est vraiment maladive ; soyez sûrs qu’en arrivant dans une ville, le premier monument que va visiter un voyageur, c’est l’hôtel des postes. À Madrid, les lettres adressées poste restante sont marquées chacune d’un numéro ; le numéro et le nom de la personne sont écrits sur une liste qu’on affiche contre les piliers ; il y a le pilier de janvier, de février, ainsi de suite ; l’on cherche son nom, l’on prend note du numéro, et l’on va demander sa lettre au dépôt, où on vous la délivre sans autre formalité. Au bout d’un an, si les lettres ne sont pas retirées, on les brûle. Sous les arcades de la cour des postes, ombragées par de grands stores de sparterie, sont établis toutes sortes de cabinets de lecture comme sous les arcades de l’Odéon à Paris, où l’on va lire les journaux espagnols et étrangers. Les ports de lettres ne sont pas très chers, et malgré les innombrables dangers auxquels sont exposés les courriers sur les routes, presque toujours infestées de factieux et de bandits, le service se fait aussi régulièrement que possible. C’est aussi contre ces piliers que sont affichées les offres de service des pauvres étudiants, qui demandent à cirer les bottes d’un cavalier pour achever leur rhétorique ou leur philosophie.


Maintenant, courons la ville au hasard, le hasard est le meilleur guide, d’autant plus que Madrid n’est pas riche en magnificences architecturales, et qu’une rue est aussi curieuse qu’une autre. La première chose que vous apercevez en levant le nez à l’angle d’une maison ou d’une rue, c’est une petite plaque de faïence où il y a écrit : Manzana. vicitac. gener. Ces plaques servaient autrefois à numéroter les maisons réunies en îles ou pâtés. Aujourd’hui tout est chiffré comme à Paris. Vous seriez surpris aussi de la quantité d’assurances contre l’incendie qui chamarrent les façades des maisons, surtout dans un pays où il n’y a pas de cheminées et où l’on ne fait jamais de feu. Tout est assuré, jusqu’aux monuments publics, jusqu’aux églises ; la guerre civile