Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/149

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elles ont peu de fenêtres sur la façade, et ces fenêtres sont habituellement grillées. Les portes, ornées de piliers de granit bleuâtre, surmontées de boules, décoration qui se reproduit fréquemment, ont un air de solidité et d’épaisseur auquel ajoutent encore des constellations de clous énormes. Cela tient à la fois du couvent, de la prison, de la forteresse, et aussi un peu du harem, car les Mores ont passé par là. Quelques-unes de ces maisons, par un contraste assez bizarre, sont enluminées et peintes extérieurement, soit à fresque, soit en détrempe, de faux bas-reliefs, de grisailles, de fleurs, de rocailles et de guirlandes, avec des cassolettes, des médaillons, des amours et tout le fatras mythologique du dernier siècle. Ces maisons trumeau et pompadour produisent l’effet le plus étrange et le plus bouffon parmi leurs sœurs renfrognées d’origine féodale ou moresque.

L’on nous conduisit à travers un inextricable réseau de petites ruelles, où mon compagnon et moi nous marchions l’un derrière l’autre, comme les oies de la ballade, faute d’espace pour nous donner le bras, à l’Alcazar, situé en manière d’acropole sur le haut point de la ville, et nous y entrâmes après quelques pourparlers, car le premier mouvement des gens à qui l’on s’adresse est toujours de refuser, quelle que soit la demande. Revenez ce soir ou demain, le gardien fait la sieste, les clefs sont égarées, il faut une permission du gouverneur : telles sont les réponses que l’on obtient d’abord ; mais, en exhibant la sacro-sainte piécette, ou le rayonnant duro en cas d’extrêmes difficultés, on finit toujours bien par forcer la consigne.

Cet Alcazar, bâti sur les ruines de l’ancien palais more, est aujourd’hui tout en ruine lui-même ; on dirait un des merveilleux rêves d’architecture que Piranèse poursuivait dans ses magnifiques eaux-fortes ; il est de Covarrubias, artiste peu connu, bien supérieur à ce lourd et pesant Herrera, dont la renommée est de beaucoup surfaite.

La façade, ornée et fleurie des plus pures arabesques de la Renaissance,