Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/163

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


il y en a d’une grosseur et d’un prix inestimables, entre autres plusieurs rangs de perles noires d’une rareté inouïe ; des soleils et des étoiles de pierreries constellent cette robe prodigieuse dont l’œil a peine à soutenir l’éclat, et qui vaut plusieurs millions de francs.

Nous terminâmes notre visite par une ascension au clocher, au sommet duquel on arrive par des superpositions d’échelles assez roides et d’un aspect peu rassurant. À mi-chemin à peu près, on rencontre, dans une espèce de magasin que l’on traverse, une série de mannequins gigantesques, coloriés et vêtus à la mode du siècle dernier, qui servent à nous ne savons plus quelle procession dans le genre de celle de la tarasque.

La vue magnifique que l’on découvre du haut de la flèche est un large dédommagement de la fatigue de l’ascension. Toute la ville se dessine devant vous avec la netteté et la précision des plans sculptés en liège, de M. Pelet, que l’on admirait à la dernière exposition de l’industrie. Cette comparaison semblera sans doute fort prosaïque et peu pittoresque, mais en vérité, je n’en saurais trouver une meilleure ni plus juste. Ces roches bossues et tourmentées de granit bleu, qui encaissent le Tage et cerclent un côté de l’horizon de Tolède, ajoutent encore à la singularité de ce paysage, inondé et criblé d’une lumière crue, impitoyable, aveuglante, que nul reflet ne vient tempérer et qu’augmente encore la réverbération d’un ciel sans nuage et sans vapeur, devenu blanc à force d’ardeur, comme du fer dans la fournaise.

Il faisait une chaleur atroce, une chaleur de four à plâtre, et il fallait réellement une curiosité enragée pour ne pas renoncer à toute exploration de monuments par cette température sénégambienne ; mais nous avions encore toute l’ardeur féroce de touristes parisiens enthousiastes de couleur locale ! Rien ne nous rebutait ; nous ne nous arrêtions que pour boire, car nous étions plus altérés que du sable d’Afrique, et nous absorbions l’eau comme des