Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/176

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tâcha de dissimuler l’impression fâcheuse qu’il éprouvait, pour ne pas augmenter la tristesse des autres, et l’on chercha encore pour voir s’il n’y aurait pas quelque compensation à de si désastreuses prophéties. En levant les yeux, Rodrigue aperçut sur la muraille, à la gauche de la statue, un cartouche qui disait : Pauvre roi ! tu es entré ici pour ton malheur ! et à la droite, un autre, qui signifiait : Tu seras dépossédé par des nations étrangères, et ton peuple souffrira de rudes châtiments. Derrière la statue, il y avait écrit : J’invoque les Arabes ; et par-devant : Je fais mon devoir.

Le roi et ses courtisans se retirèrent pleins de trouble et de pressentiments funèbres. La nuit même, il y eut une tempête furieuse, et les ruines de la tour d’Hercule s’écroulèrent avec un fracas épouvantable. Les événements ne tardèrent pas à justifier les prédictions de la grotte magique ; les Arabes peints sur la toile roulée du coffre firent voir en réalité leurs turbans, leurs lances et leurs boucliers de formes étranges sur la malheureuse terre d’Espagne : tout cela, parce que Rodrigue regarda la jambe de Florinde et descendit dans une cave.

Mais voici la nuit qui tombe, il faut rentrer à la fonda, souper et nous coucher, car nous avons encore à voir l’hôpital du cardinal don Pedro Gonzales de Mendoza, la manufacture d’armes, les restes de l’amphithéâtre romain, mille curiosités, et nous partons demain soir. Quant à moi, je suis tellement fatigué par ce pavé en pointe de diamant, que j’ai envie de me retourner et de marcher un peu sur les mains, comme les clowns, pour reposer mes pieds endoloris. Ô fiacres de la civilisation ! omnibus du progrès ! je vous invoquais douloureusement ; mais qu’eussiez-vous fait dans les rues de Tolède ?

L’hôpital du Cardinal est un grand bâtiment de proportions larges et sévères, qu’il serait trop long de décrire. Nous traverserons rapidement la cour, entourée de colonnes et d’arcades, qui n’a de remarquable que deux puits d’air