Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/232

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l’exige. Rien ne serait facile comme de reproduire identiquement une salle de l’Alhambra ; il suffirait pour cela de prendre les empreintes de tous les motifs d’ornement. Deux arcades de la salle du Tribunal, qui s’étaient écroulées, ont été refaites par des ouvriers de Grenade avec une perfection qui ne laisse rien à désirer. Si nous étions un peu millionnaire, une de nos fantaisies serait de faire un duplicata de la cour des Lions dans un de nos parcs.

De la salle des Ambassadeurs, l’on va, par un corridor de construction relativement moderne, au tocador, ou toilette de la reine. C’est un petit pavillon situé sur le haut d’une tour d’où l’on jouit du plus admirable panorama, et qui servait d’oratoire aux sultanes. À l’entrée, l’on remarque une dalle de marbre blanc percée de petits trous pour laisser passer la fumée des parfums que l’on brûlait sous le plancher. Sur les murs, l’on voit encore des fresques fantasques exécutées par Bartolomé de Ragis, Alonso Perez et Juan de La Fuente. Sur la frise s’entrelacent, avec des groupes d’amours, les chiffres d’Isabelle et de Philippe V. Il est difficile de rêver quelque chose de plus coquet et de plus charmant que ce cabinet aux petites colonnes moresques, aux arceaux surbaissés, suspendu sur un abîme azuré dont le fond est papelonné par les toits de Grenade, où la brise apporte les parfums du Généralife, énorme touffe de lauriers-roses épanouie au front de la colline prochaine, et le miaulement plaintif des paons qui se promènent sur les murs démantelés. Que d’heures j’ai passées là, dans cette mélancolie sereine si différente de la mélancolie du Nord, une jambe pendante sur le gouffre, recommandant à mes yeux de bien saisir chaque forme, chaque contour de l’admirable tableau qui se déployait devant eux, et qu’ils ne reverront sans doute plus ! Jamais description, jamais peinture ne pourra approcher de cet éclat, de cette lumière, de cette vivacité de nuances. Les tons les plus ordinaires prennent la valeur des pierreries, et tout se soutient