Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/295

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est romantique dans toute l’acception du mot ; à part quelques puérilités d’érudition, leurs pièces ne relèvent ni des Grecs ni des Latins, et, comme le dit Lope de Vega dans son Arte nuevo de hacer comedias en este tiempo :

 
... Cuando he de escribir una comedia,
Encierro los preceptos con seis llaves.


Les auteurs dramatiques espagnols ne paraissent pas s’être beaucoup préoccupés de la peinture des caractères, bien que l’on trouve à chaque scène des traits d’observation très piquants et très fins ; l’homme n’y est pas étudié philosophiquement, et l’on ne rencontre guère, dans leurs drames, de ces figures épisodiques si fréquentes dans le grand tragique anglais, silhouettes découpées sur le vif, qui ne concourent qu’indirectement à l’action, et n’ont d’autre but que de représenter une facette de l’âme humaine, une individualité originale, ou de refléter la pensée du poète. Chez eux, l’auteur laisse rarement apercevoir sa personnalité, excepté à la fin du drame, quand il demande pardon de ses fautes au public.

Le principal mobile des pièces espagnoles est le point d’honneur :

 
Los casos de la honra son mejores,
Porque mueven con fuerza a toda gente,
Con ellos las acciones virtuosas
Que la virtud es donde quiera amada.


dit encore Lope de Vega, qui s’y connaissait et qui ne se fit pas faute de suivre son précepte. Le point d’honneur jouait dans les comédies espagnoles le rôle de la fatalité dans les tragédies grecques. Ses lois inflexibles, ses nécessités cruelles, faisaient naître aisément des scènes dramatiques et d’un haut intérêt. El pundonor, espèce de religion chevaleresque avec sa jurisprudence, ses subtilités et ses raffinements, est bien supérieur à la fatalité