Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/316

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nous semblaient d’avance trop flatteurs, mais nous fûmes bientôt convaincus qu’ils n’étaient que justes.

Ce fut le calife Abdérame Ier qui jeta les fondements de la mosquée de Cordoue vers la fin du VIIIme siècle ; les travaux furent menés avec une telle activité que la construction était terminée au commencement du IXme : vingt et un ans suffirent pour terminer ce gigantesque édifice ! Quand on songe qu’il y a mille ans, une œuvre si admirable et de proportions si colossales était exécutée en si peu de temps par un peuple tombé depuis dans la plus sauvage barbarie, l’esprit s’étonne et se refuse à croire aux prétendues doctrines de progrès qui ont cours aujourd’hui : l’on se sent même tenté de se ranger à l’opinion contraire, lorsqu’on visite des contrées occupées jadis par des civilisations disparues. J’ai toujours beaucoup regretté, pour ma part, que les Mores ne soient pas restés maîtres de l’Espagne, qui certainement n’a fait que perdre à leur expulsion. Sous leur domination, s’il faut en croire les exagérations populaires, si gravement recueillies par les historiens, Cordoue comptait deux cent mille maisons, quatre-vingt mille palais et neuf cents bains ; douze mille villages lui servaient comme de faubourgs. Maintenant, elle n’a pas quarante mille habitants, et paraît presque déserte.

Abdérame voulait faire de la mosquée de Cordoue un but de pèlerinage, une Mecque occidentale, le premier temple de l’islamisme après celui où repose le corps du prophète. Je n’ai pas encore vu la casbah de la Mecque, mais je doute qu’elle égale en magnificence et en étendue la mosquée espagnole. On y conservait l’un des originaux du Coran, et, relique plus précieuse encore, un os du bras de Mahomet.

Les gens du peuple prétendent même que le sultan de Constantinople paye encore un tribut au roi d’Espagne pour que l’on ne dise pas la messe dans l’endroit consacré spécialement au prophète. Cette chapelle est appelée ironiquement