Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/376

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surpris et comme embarrassés d’être si bien. De grands arbres bordaient la route que nous suivions, agrément dont nous avions perdu l’habitude depuis longtemps.

Valence, sous le rapport pittoresque, répond assez peu à l’idée qu’on s’en fait d’après les romances et les chroniques. C’est une grande ville, plate, éparpillée, confuse dans son plan, et sans avoir les avantages que donne aux vieilles villes bâties sur des terrains accidentés le désordre de leur construction. Valence est située dans une plaine nommée la Huerta, au milieu de jardins et de cultures où de perpétuelles irrigations entretiennent une fraîcheur bien rare en Espagne. Le climat en est si doux, que les palmiers et les orangers y viennent en pleine terre à côté des productions du Nord. Aussi Valence fait un grand commerce d’oranges ; pour les mesurer, on les fait passer par un anneau, comme les boulets dont on veut reconnaître le calibre ; celles qui ne passent pas forment le premier choix. Le Guadalaviar, traversé par cinq beaux ponts de pierre, et bordé d’une superbe promenade, passe à côté de la ville, presque sous les remparts. Les nombreuses saignées qu’on pratique à sa veine pour l’arrosement rendent les trois quarts de l’année ses cinq ponts un objet de luxe et d’ornement. La porte du Cid, par laquelle on passe pour aller à la promenade du Guadalaviar, est flanquée de grosses tours crénelées d’un assez bon effet.

Les rues de Valence sont étroites, bordées de maisons élevées d’un aspect assez maussade, et sur quelques-unes l’on déchiffre encore quelques blasons frustes mutilés ; l’on devine des fragments de sculptures émoussées, chimères sans ongles, femmes sans nez, chevaliers sans bras. Une croisée de la Renaissance, perdue, empâtée dans un affreux mur de maçonnerie récente, fait lever, de loin en loin, les yeux de l’artiste et lui arrache un soupir de regret ; mais ces rares vestiges, il faut les chercher dans les angles obscurs, au fond des arrière-cours, et Valence n’en a pas moins la physionomie toute moderne. La cathédrale, d’