Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/95

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Chapitre VIII
Le Prado. ― La mantille et l’éventail. ― Type espagnol. ― Marchands d’eau ; cafés de Madrid. ― Journaux. ― Les politiques de la Puerta del Sol. ― Hôtel des Postes. ― Les maisons de Madrid. ― Tertulias ; société espagnole. ― Le théâtre del Principe. ― Palais de la Reine, des Cortès et monument du Dos de Mayo. ― L’Armeria, le Buen Retiro


Quand on parle de Madrid, les deux premières idées que ce mot éveille dans l’imagination sont le Prado et la Puerta del Sol : puisque nous sommes tout portés, allons au Prado, c’est l’heure où la promenade commence. Le Prado, composé de plusieurs allées et contre-allées, avec une chaussée au milieu pour les voitures, est ombragé par des arbres écimés et trapus, dont le pied baigne dans un petit bassin entouré de briques où des rigoles amènent l’eau aux heures de l’arrosement ; sans cette précaution, ils seraient bientôt dévorés par la poussière et grillés par le soleil. La promenade commence au couvent d’Atocha, passe devant la porte de ce nom, la porte d’Alcala, et se termine à la porte des Récollets. Mais le beau monde se tient dans un espace circonscrit par la fontaine de Cybèle et celle de Neptune, depuis la porte d’Alcala jusqu’à la Carrera de San Jeronimo. C’est là que se trouve un grand espace appelé salon, tout bordé de chaises, comme la grande allée des Tuileries ; du côté du salon, il y a une contre-allée qui porte le nom de Paris ; c’est le boulevard de Gand du lieu, le rendez-vous de la fashion de Madrid ; et, comme l’imagination des fashionables ne brille pas précisément par le pittoresque, ils ont choisi l’endroit le plus poussiéreux, le moins ombragé, le moins commode de toute la promenade. La foule est si grande dans cet étroit espace, resserré entre le salon et la chaussée des voitures, qu’on a souvent peine à porter la main à sa poche pour prendre son mouchoir ;