Page:Gavarni - Grandville - Le Diable à Paris, tome 4.djvu/18

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Non loin de ma demeure habite une brave femme, veuve et mère de famille ; elle est, de son état, blanchisseuse au bateau ; partant dès le matin pour la rivière, elle ne revient que le soir, après sa tâche. Elle a trois enfants : deux petits garçons, l’un de cinq ans, l’autre de sept, et une fille de quatorze ou quinze ans. Cette pauvre veuve, occupée toute la journée à son bateau afin de gagner le pain de sa famille, ne peut surveiller ses enfants. Les deux plus jeunes sont à la salle d’asile ; mais comme, par un regrettable usage, ces salles d’asile ne s’ouvrent que deux ou trois heures après que la journée de travail de l’artisan a commencé, et se ferment deux heures avant qu’elle soit terminée, les parents sont obligés, ou de renoncer à envoyer dans ces refuges leurs enfants trop petits pour s’y rendre seuls, ou de payer quelqu’un pour les conduire et pour les ramener : dépense minime sans doute, mais toujours bien lourde pour le pauvre.

Cette veuve, chargée de famille, afin de s’épargner ces frais (c’était à peu près ce que lui coûtait la nourriture de l’un de ses enfants), avait chargé sa fille aînée de conduire ses deux petits frères à la salle d’asile le matin, et de les ramener à l’heure de la fermeture. Cette jeune fille était en apprentissage chez un cordonnier comme bordeuse de souliers. Comme il lui fallait quitter son travail dans la matinée pour aller chercher ses frères chez sa mère, afin de les conduire à la salle d’asile, fort éloignée de son atelier, puis interrompre encore son labeur dans l’après-dînée, afin d’aller rechercher les enfants, elle passait, pour ainsi dire, autant de temps dans la rue que chez son maître, qui s’en courrouçait et la traitait avec une grande dureté, car, disait-il, ces absences, depuis deux ou trois mois, étaient devenues de plus en plus prolongées.

Tantôt, à l’heure où la jeune fille rentrait chez sa mère avec les deux enfants qu’elle venait d’aller quérir, deux agents de police qui l’avaient suivie l’ont arrêtée à la porte de sa maison, l’accusant d’avoir, pour la quatrième fois, volé des billes d’agate chez un épicier, devant la bou-