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lui apparut, placé en vedette dans le sommaire du troisième chapitre :

— « Où le lecteur fera connaissance avec un nouveau personnage, M. Oscar Palémon. » Était-ce le hasard qui avait fourni ces deux noms à l’auteur ? Voyons ! — Mais non ; c’est un véritable portrait. Le Palémon du roman est bien celui qui menait joyeuse vie à Paris il y a vingt ans ; et pour que le moindre doute ne soit pas permis, l’auteur a complaisamment décrit la figure, la tournure, le caractère, les habitudes du personnage, et il l’a placé dans une intrigue historique dont les mystérieux détails n’avaient jamais été ébruités. Quel était donc le romancier qui connaissait si bien M. Palémon et ses aventures les plus secrètes ? — Cet auteur était une femme, et se nommait Mme Bougival.

M. Palémon consulta son excellente mémoire ; il parcourut les sentiers fleuris de ses souvenirs, cultivés avec tant de soin, mais ce fut vainement qu’il chercha ce nom parmi les doux fantômes qui lui souriaient dans le paradis du passé.

« Il faut absolument que je remonte à la source de cette étrange révélation, et j’y parviendrai, dussé-je porter plainte au procureur du roi ; car il n’est pas permis d’imprimer ainsi tout vif un honnête homme et d’en faire un héros de roman sans sa permission. »

Disant cela, M. Palémon, dégagé de sa migraine, s’habilla en toute hâte, prit un cabriolet et courut chez l’éditeur du roman, qui lui donna l’adresse de la femme de lettres.

Un quart d’heure après, il grimpait au cinquième étage d’une maison du faubourg Saint-Denis, et il tirait à trois reprises un vieux ruban jaune servant de cordon de sonnette. La station dura cinq minutes, puis la porte s’ouvrit, et M. Palémon se trouva en présence d’une femme de cinquante ans, grosse et courte, au teint bourgeonné, enveloppée d’une vieille robe de chambre en mérinos écarlate, et coiffée d’un foulard mal attaché sur ses cheveux en désordre.

« Mme Bougival, s’il vous plaît ?

— C’est moi, monsieur. »

L’interrogation était de pure forme et la réponse devait être prévue. Il n’y avait pas moyen de s’y tromper. La femme de lettres avait le physique de l’emploi, le costume du rôle et ses accessoires. La main droite, qu’elle tenait appuyée sur le bouton de la porte, était tachée d’encre, et, pour répondre, elle ôta de sa bouche une plume qu’elle plaça derrière son oreille.

« Entrez, monsieur, reprit Mme Bougival, et excusez-moi si je vous