Page:Gavarni - Grandville - Le Diable à Paris, tome 4.djvu/85

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Léonce vit tout cela, et voulut voir si ce n’était pas un jeu. Il ne voulut pas qu’un homme de sa sorte fût dupe d’un manège de fausse Agnès.

En conséquence, lorsque la contredanse fut finie, il prit son air le plus sûr de lui, le plus indifférent, le plus lion, et s’approchant de Lise et de sa mère, il dit à Mme Laloine, sans regarder Lise :

« J’ai bien des pardons à vous demander de mon étourderie, madame. En rentrant chez moi, j’ai trouvé dans ma voiture ce cordon de cheveux et cette petite plaque d’or ; ils doivent appartenir à quelqu’un de vos invités et j’avais oublié de vous les remettre. »

À ce mot :

« Quelqu’un de vos invités, » Elle regarda Léonce comme pour lui dire : N’aviez-vous pas compris que c’était à moi ?

Mme Laloine remercia Léonce, et dit à Lise :

« Tu vois bien que j’avais raison de dire que M. le marquis te les rapporterait.

— Ah ! ils appartiennent à mademoiselle ? dit Léonce d’un ton froid, en lui présentant ce petit bijou d’un air dédaigneux.

— Oui, monsieur, » dit Lise en avançant la main pour le prendre, et en regardant Léonce comme si elle se disait :

« Est-ce que je suis folle ? »

Léonce le lui remit du bout des doigts.

« Donne, dit sa mère, que je le rattache à ton cou.

— Tout à l’heure, maman, » dit Lise avec une impatience qu’elle eut peine à contenir.

Et elle l’enveloppa dans son mouchoir, qu’elle serra vivement dans sa main crispée.

Lise était pâle, et ses lèvres tremblaient.

Léonce fut satisfait de l’épreuve, et reprit avec une politesse affectée :

« Mademoiselle n’a pas oublié qu’elle doit danser un galop avec moi ?

— Je ne sais, répondit Lise d’un ton douloureux, si maman veut…

— Avec M. le marquis ? sans doute, » dit Mme Laloine.

L’orchestre joua les premières mesures d’un galop.

Lise donna sa main à Léonce ; ils se levèrent et firent le tour du salon, pendant que la foule faisait place aux danseurs.

« Pourquoi, lui dit Sterny, n’avez-vous pas voulu remettre votre charmant collier ?