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histoire du mouvement janséniste

la compagnie cette seconde partie des Provinciales se rattache à la première de la façon la plus étroite. Bientôt même Pascal fut saisi d’horreur à la vue d’un semblable renversement de la morale ; son zèle s’enflamma, et, cessant de rééditer ce que l’on avait écrit contre les Jésuites quinze ans auparavant, il étudia pour son compte la théologie morale des casuistes de la Compagnie de Jésus ; il s’attacha surtout à Escobar, qui les résume tous, et il révéla à ses lecteurs surpris et indignés ce que la pudeur ne le contraignait pas de passer absolument sous silence. C’est pour cette raison que la 13e Provinciale et quelques autres sont si véhémentes. Pascal n’est plus ici un polémiste ordinaire ou un avocat, il a pu se comparer lui-même à un bon citoyen qui signalerait à ses compatriotes des fontaines empoisonnées. Son émotion n’est pas feinte, et c’est pour cela qu’elle est si communicative. Faut-il donc s’étonner si l’auteur des Provinciales a déclaré sur son lit de mort qu’il ne se repentait pas de les avoir écrites, s’il a même ajouté qu’ayant à les refaire, il les ferait encore plus fortes ?

Et cependant les Provinciales ont été brusquement interrompues au moment même où le public les accueillait avec le plus de faveur. La 18e est du 24 mars 1657 une 19e a été commencée qui promettait d’être bien mordante, une 20e enfin était annoncée ; mais Pascal cessa tout à coup de livrer les Jésuites à la risée publique. Il ne regrettait en aucune façon la guerre qu’il avait cru devoir leur déclarer ; la preuve en est qu’il se fit le collaborateur anonyme des curés qui poursuivaient par les moyens canoniques la condamnation des casuistes ; mais il se refusait à amuser plus longtemps ses lecteurs. C’est là un fait que Sainte-Beuve ne paraît pas avoir connu, et que les