Page:Gazier - Histoire générale du mouvement janséniste, depuis ses origines jusqu’à nos jours, tome 1.djvu/167

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chapitre viii

étaient dans tout le livre, et que tout le livre n’était que ces propositions. » Quelques mois plus tard, lors de l’affaire Lamoignon, Bossuet prit ostensiblement parti pour les ultramontains, ce qui aurait fait dire au roi « qu’il voyait bien que cet abbé ne se souciait pas beaucoup d’être du nombre de ses amis[1] ». Hermant ajoute aussitôt que son mérite l’a relevé de cette chute, et que la mort de M. Cornet, auquel il était attaché par un excès de reconnaissance, « lui a aplani les voies pour un des plus importants emplois de notre siècle ». Comme une infinité d’autres, le grand Bossuet avait, au temps du Formulaire, payé tribut à la faiblesse humaine.

Les théories religieuses et morales de Port-Royal n’avaient pas seulement remué jusque dans ses couches les plus profondes le monde ecclésiastique du VIIe siècle ; le véritable jansénisme, c’est-à-dire l’antimolinisme catholique, avait pénétré partout ; les gens du monde et les femmes même s’étaient fait une opinion sur la grâce efficace et sur le probabilisme. Descartes avait publié le Discours sur la méthode en français. parce qu’il voulait être lu par les dames ; tous les ouvrages de polémique religieuse écrits au temps des Provinciales sont de même en français. Aussi la connaissance de ces questions, jadis réservée aux seuls savants, envahit-elle les académies, les salons ; elle pénétra la littérature, la poésie, le théâtre. Le Saint-Genest de Rotrou (1646) et le Polyeucte de Corneille (1640 ou 1643 ?) en sont la preuve manifeste. Corneille était l’élève et l’ami des Jésuites ; il était imbu des théories molinistes, aussi les voyons-nous s’étaler au grand jour dans Polyeucte ; Néarque est un disciple de Molina :

  1. Tome VI, p. 295.