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chapitre ix

les Imaginaires de Nicole, l’Apologie des religieuses de Port-Royal, par Arnauld et Nicole (1665) ; les précieux recueils de pièces formés au xviiie siècle par Louis-Adrien Le Paige, les actes, lettres et relations, qui parurent vers 1735, et la très importante Histoire des persécutions, à laquelle appartiennent les interrogatoires utilisés ci-dessus. On trouve là de quoi reconstituer ce grand drame, qui s’est déroulé avec bien des péripéties de 1664 à 1668. La mort a empêché Racine d’en achever le récit, car son Histoire de Port-Royal ne va pas au delà de 1665, et c’est dommage, car il trouvait là mieux encore que dans Bérénice cette tristesse majestueuse qui lui paraissait si bien convenir à la tragédie. Et n’est-ce pas une tragédie religieuse que le récit de ces enlèvements, de ces mises en geôle, de ces tortures morales pour arracher à des femmes ce qu’elles considèrent comme une apostasie ! Besoigne et dom Clémencet, les deux meilleurs historiens de Port-Royal, ont fait de ces événements, Besoigne surtout, un récit très fidèle, très complet et très émouvant. Sainte-Beuve, enfin, qui ne s’est jamais proposé d’écrire une histoire complète et définitive, s’est contenté de décrire quelques scènes ; ses sympathies vont évidemment aux persécutées, et il est parfois ému, mais il persiste à désapprouver ce qu’il appelle toujours l’entêtement d’Arnauld et l’obstination maladive des religieuses. Il ne saurait admettre le principe qui les faisait agir : « Mentir à la face de l’Église et se parjurer est un grand péché, et il n’est jamais permis de mentir pour obéir à un commandement soit de son évêque, soit du pape, ni pour éviter l’excommunication même[1]. »

  1. Lettre au R. P. Annat sur ses Remèdes contres les scrupules ; anonyme. 12 p. in-4, p. 8. — L’évêque d’Amiens, Faure, qui n’était pas janséniste, disait à la Mère de La Fayette que si les religieuses