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histoire du mouvement janséniste

geôliers, en correspondance réglée avec le dehors. On a publié au xviiie siècle des centaines de lettres écrites à la dérobée par ces prisonnières. Un confesseur qui leur fut imposé par l’archevêque, l’abbé de Boisbuisson, fit à Port-Royal de Paris ce que Paulon avait fait à Port-Royal des Champs, ce que fit à Meaux un confesseur de la Mère de Ligny. Il eut honte du métier d’espion qu’on voulait lui faire faire ; il entra dans les sentiments de celles qui refusaient de signer ; il les encouragea à la résistance, il se fit enfin leur messager pour la transmission des lettres et des papiers secrets. Ce sera lui qui, le jour du rétablissement, chantera la grand’messe à Port-Royal des Champs, il figure au nécrologe parmi les fidèles amis du monastère et, n’en déplaise à Sainte-Beuve, il l’a bien mérité.

Dans la plupart des couvents où l’on avait incarcéré les religieuses enlevées, ces saintes filles se faisaient révérer, et l’on eût dit que comme au temps de la Mère Angélique, au temps de la réforme de Maubuisson, elles avaient été envoyées là pour édifier ces monastères et pour les réformer ; c’est la grande raison pour laquelle l’archevêque n’a pas enlevé plus de seize religieuses de Port-Royal. L’exemple le plus remarquable qu’on en puisse citer est celui de l’internement de la Sœur de Saint-Ange Boulogne, placée à Chaillot, chez la bonne et sainte Mère de La Fayette, une digne fille de sainte Chantal. Racine s’est complu à lui rendre hommage tout à la fin de son Histoire de Port-Royal, là même où il parle avec une admiration si vive des relations de captivité dressées par la Sœur Angélique de saint Jean, par la Sœur Briquet et par quelques autres.

« Cependant, dit encore Racine, qu’il faut citer une